3SCED – Savoirs des sciences la nature, des sciences humaines et savoirs “profanes” s’associent pour une co-construction des connaissances

2011-2014 depuis continué, développé en Alsace et à l’échelle européenne (Allemagne et Suisse, projet AGROFORM)

Partenaires

Partenaires d’origine du projet :

  • INRA , Jean E. Masson Directeur de recherches , jean.masson@inra.fr; 0674890428
  • AVA, Association des Viticulteurs d’Alsace. Raymond LASSABLIERE ; r.lassabliere@ava-aoc.fr
  • Alsace Nature membre de FNE, Michel Breuzard ; michel@breuzard.net
  • Association de consommation Alsace, quitté fin 2014
  • Université de Strasbourg, quitté fin 2014

Nouveaux partenaires directs

  • CFPPA-Lycée viticole de Rouffach, FRANCOISE COUSIN ; francoise.cousin02@educagri.fr
  • GIEE Westhalten ; LALLEMAND Jean-François ; jeanfrancois.lallemand@wanadoo.fr (2013-2017); Frederic Schermesser’ fredschermesser@gmail.com (2018- )

Présentation du partenariat

L’engagement collectif relève de l’agir en situation d’incertitude et produit du changement dans les vignes comme dans les espaces non cultivés. Toute forme de valorisation, écrite en presse ou article scientifique, vidéo ou sous forme de visites sont issues d’un accord/engagement collectif. Les partenaires d’origine ont mobilisé un partenaire de la formation ainsi qu’un collectif de vignerons et élus plus large, formalisé depuis 2016 en un GIEE, labellisé par le Ministère de l’Agriculture. L’éthique du projet est restée priorisée sur la légitimation des différentes formes de savoirs, et sur la co-construction de projets visant à imaginer une viticulture plus respectueuse de la santé des hommes et de l’environnement, autant que viable au niveau économique.

Présentation du projet

• pourquoi

Le modèle conventionnel de recherche/développement/formation lié au modèle agricole dominant est ‘descendant’. Les impacts environnementaux, socioéconomiques comme éthiques sont largement critiqués, à l’échelle nationale comme internationale. Il faut donc changer. Nous avons rencontré des acteurs qui avaient, séparément, envie de changer-leurs pratiques-leurs relations-leurs postures-leur futurs. Alors que des questionnements de fond basés sur une éthique environnementale étaient masqués, aucun cadre conventionnel, aucun acteur, dans ses rapports à la société et à la complexité, n’était en mesure de vouloir/pouvoir répondre. ‘Un tel problème ne peut être résolu dans le même niveau de conscience que celui qui l’a produit’ (A. Einstein).

• comment

L’idée initiale a été de reconnaître la légitimité de tous les savoirs, tout particulièrement les savoirs d’expérience des viticulteurs, en dépassant la seule entrée anthropologique. Une méthode de recherche-action-participative a été co-conçue (le collectif repère dans Moneyron et al, 2017) s’appuyant sur 7 étapes (illustration). Basée sur une épistémologie collective, cette -méthode repère- nous permet de transformer les dissensus en questions. Ces dernières sont transcrites en expérimentations, en s’appuyant sur des registres des sciences humaines comme agronomiques (de l’anthropologie, sociologie, épistémologie… jusqu’à la pédologie et la physiologie moléculaire des plantes). L’incertitude est passée du statut d’obstacle dans le modèle conventionnel à ‘levier’ d’engagement/d’agir (Callon et al, 2001), mobilisateur de l’ensemble des partenaires, dans le paradigme lié à ce projet. C’est une connaissance située qui est produite. Puis, de manière réflexive, elle incrémente le raisonnement de chacun des partenaires, tout comme les cadres d’application et de conduite d’autres projets, dans les réseaux d’acteurs qui sont spécifiques à chacun des partenaires. La théorisation, sous forme de tétraèdre, concrétise pour tous les articulations entre les différentes natures de formations, de savoirs et de raisonnements qui leur sont associés. Ainsi, l’expérience collective conduite sur le long terme peut produire un nouvel énoncé (E. Morin, 2000), un énoncé réfutable (K. Popper, 1979).

• et pour qui

Le cadre de réflexion interdisciplinaire associé à cette mobilisation collective a abouti à initier d’autres projets de ce type en donnant envie à des viticulteurs nouveaux de se joindre à nous (Alsace), à des collectifs de développer leur projet REPERE traitant de leur question (3 groupes-projets européens France-Allemagne-Suisse), et aussi, en donnant envie à de nouveaux chercheurs de poser ‘la’ question autrement (projet de phytosociologie-écologie, INRA et ANSES ; ou projet sur la biologie des sols viticoles, INRA). Des partenaires économiques nous ont rejoints pour développer la R&D nécessaire au projet, avec une activité économique et des emplois à la clef.

Les apports du projet à la thématique environnementale

On ne peut d’emblée répondre aux attentes sur la thématique environnementale par des innovations techniques. D’abord parce que cela consisterait à répondre au modèle standard d’innovation par des innovations sociotechniques du même type, alors que le paradigme présidant à ce projet est distinct…et que les moyens alloués sont disproportionnés ! En outre cela laisserait penser que les changements attendus peuvent relever de la seule incrémentation, ce qui est un leurre. Ainsi, nous avons développé des pratiques de viticulture proposant des solutions végétales ou/et mécaniques revisitées, pour remplacer le tout chimique des herbicides. Il en est de même pour des enherbements à base d’espèces sauvages locales, pour une viticulture plus résiliente face aux stress hydriques et offrant une diversification écologique des vignobles. Avec des changements de pratiques concrets depuis 4 ans, et à venir, jusqu’à 2020 sur 72 hectares des 200 hectares que les viticulteurs cultivent.

Les viticulteurs ont mis leur effort de travail, le GIEE a développé des fiches pour partager largement ces pratiques ! « Mais rien n’est plus simple et moins cher que les désherbants ! » La pérennité et l’appropriation plus large de ces changements est donc maintenant strictement liée à une légitimation par l’Etat, une évolution de la norme, une reconnaissance, économique aussi. En attendant, et c’est le début, le premier apport à la thématique environnementale est la méthode de recherche-action-participative (Méthode repère). Mise à l’épreuve au niveau local, sur différents collectifs, et maintenant à l’échelle européenne, nous constatons que ce cadre méthodologique est à même de valoriser jusqu’aux différentes cultures et modèles viticoles.

Est-ce que dans le cadre du projet, des connaissances nouvelles ont été produites sur la thématique traitée ? Si oui, comment qualifier ces connaissances ?

Des connaissances pour l’action et dans l’action ont été produites : comment remplacer l’usage des herbicides par des plantes (Fiche GIEE piloselle)* ou par le travail à la charrue en passant 2 à 3 fois moins souvent que la moyenne (Fiche GIEE charrue)*. Comment co-concevoir des enherbements écologiques à partir de plantes sauvages.

Des connaissances pour la recherche : La méthode recherche-action-participative, fruit d’une écriture collective (méthode repère) a été publiée (Moneyron et al, 2017). Un article scientifique, s’appuyant sur la production de conclusions scientifiques à partir de données brutes lors d’ateliers participatifs portant sur la santé de la vigne est soumis (Soustre-Gacougnolle et al.). Il met en exergue le rôle du collectif et le président du GIEE est co-auteur. Un projet de phytosociologie et d’écologie est en cours dans les vignes ayant changé de pratiques, et des données innovantes pour la recherche en écologie sont en cours de production.

Plus globalement, ce projet de recherche-action-participative montre qu’un collectif permet de prendre en compte la complexité, lever des contraintes, définir une question, y répondre en produisant de la connaissance et de l’action en même temps. Cette connaissance est à la fois scientifique et sociale.

Les apports du projet pour les partenaires du projet (et réciproquement)

Mobilisation et intéressement des membres d’Alsace Nature se sont élargis, via la présentation du projet REPERE à l’asscoiation, et via leur participation impliquée et constructive dans les ateliers de recherche-action-participative (co-conception d’un mélange de semences locales écologiques destinées à un enherbement innovant pour les vignes ; co-élaboration d’énoncé réfutable), dans les visites/communications sur le projet destinées à la viticulture en Alsace, Suisse et Allemagne (semaine zéro pesticide, ateliers dans les vignes et visionnages de films par 200 visiteurs), et au grand public (Nuit de l’Agroécologie 2016 par ex), sans pour cela que des subventions leur aient été allouées (depuis fin 2014). De manière générale, Alsace Nature est passé d’une posture de vigilance à un rôle d’acteur dans les différents projets. Ainsi, le projet semences écologiques a clairement bénéficié de leur apport –politique aussi- pour débloquer les réglementations pesant sur les zones Natura 2000, comme celle liées au système semencier national. Que la viticulture puisse imaginer, dans un cadre partenarial organisé autrement (comme REPERE), une viticulture mieux-disante au niveau environnemental, voire pouvant jouer un rôle écologique, est un possible que l’association s’est approprié.

L’association des Viticulteurs d’Alsace AVA est restée impliquée sur le long terme, sous forme de participation, à l’instar de ce qu’a réalisé Alsace Nature. Le projet a changé la relation de l’AVA à la recherche. Maintes communications de l’AVA, orales comme écrites, mentionnent le projet repère au sens où les savoirs d’expérience des viticulteurs sont reconnus, comme des acteurs pensants et agissant. Le cadre épistémologique qui a été conçu par le collectif projet (Moneyron et al, 2017) a donné une référence sur laquelle l’AVA s’appuie pour la conduite de projets propres. Cela dit, cette évolution fait face aux freins significatifs des chambres d’agriculture et des instituts qui obèrent les développements d’une dynamique de projets. Il reste que d’autres viticulteurs se sont intéressés à REPERE et que quelques groupes ont essayé ou sont en cours de concrétisation de projet REPERE pour eux, en lien avec l’INRA, à l’instar de ce qui est développé depuis 2018 en Suisse et en Allemagne (avec un moment la question du pilotage).

Pour l’INRA, le projet a totalement changé notre rapport aux savoirs d’expérience des viticulteurs, ainsi qu’à la réalité de la santé de la vigne, par rapport aux conditions expérimentales de laboratoire. Notre collectif est désormais totalement engagé dans une recherche-action-participative dont les fondements méthodologiques ont été co-conçus avec les partenaires (Moneyron et al, 2017). L’expérimentation, sous son angle biologique se réalise avec les partenaires pour définir la question, comprendre comment nous allons y répondre, quel sera le rôle de chacun, comment nous tirons des conclusions collectives autant que scientifiques…pour définir la question suivante (Soustre-Gacougnolle et al, en cours de publication). Sciences humaines et sciences agronomiques sont associées dès la conception de la question et jusqu’au bout du projet.

Le centre de formation pour adultes CFPPA a eu, lui, à développer avec nous des concepts nouveaux de co-eco-apprentissage. Ceux-ci ont permis à l’ensemble des partenaires et acteurs impliqués de comprendre comment chacun des acteurs allait produire des données sur les questions co-définies (sur la vie du sol, sur le développement de la vigne, sur la physiologie moléculaire des vignes, sur les statistiques…).

Les viticulteurs impliqués dans le Groupement d’intérêt économique et environnemental GIEE de Westhalten trouvent une dynamique d’échanges structurée, entretenue, une écoute de leurs attentes et un cadre leur permettant de développer leurs idées dans des projets répondant à leurs envies : moins d’impact environnemental de la viticulture, moins de travail, moins d’aléas liés au climat dérèglé, une meilleure image auprès de la société…

De manière générale, la conduite du projet est marquée par un co-eco-apprentissage collectif dans un registre interdisciplinaire. Celui-ci modifie les acteurs, par allostérie (Giordan, 1997), la nature de leurs relations dans leur projet, mais aussi dans les réseaux d’acteurs dans lesquels il sont acteurs, où ils le deviennent.

Publications du groupe

A. Moneyron, LMC, Westhalten group, J. F. Lallemand, C. Schmitt, M. Perrin, I. Soustre-Gacougnolle, J. E. Masson, Linking the knowledge and reasoning of dissenting actors fosters a bottom-up design of agroecological viticulture. Agron. Sustain. Dev. 37-41 (2017). doi.org/10.1007/s13593-017-0449-3).

I. Soustre-Gacougnolle, M. Lollier, C. Schmitt, M. Perrin, E. Buvens, Westhalten group, M. Mermet, C. Thibault-Carpentier, D. Dembelé, D. Steyer, C. Clayeux, Anne Moneyron, J. E. Masson. Responses to climatic and pathogen threats differ in biodynamic and conventional vines; Submitted

*Fiches agrotechniques, articles de presse viticole (sur demande à Jean.masson@inra.fr ou fredschermesser@gmail.com)

Liens pour les films réalisés

2015 : http://www.inra.fr/Grand-public/Agriculture-durable/Tous-les-magazines/Mobilisation-des-viticulteurs-et-chercheurs-alsaciens-pour-l-agroecologie

2016 : https://www.youtube.com/watch?v=OyexgzUFAwY&feature=youtu.be

2017 : https://www.youtube.com/watch?v=IaJTnqrCqN4

Références

K. Popper (1979) Objective Knowledge, Oxford Université press, traduit en français, Flammarion éditions

A. Giordan (1997) Des modèles pour comprendre l’apprendre: de l’empirisme au modèle allostérique, http://www.andregiordan.com/articles/apprendre/modalost.html

E. Morin (2000) Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Paris, Seuil

Callon M, Lascoumes P, Barthe Y (2001) Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Paris, Le Seuil

Financeurs

Métaprogramme SmaCH-INRA, Conseil Interprofessionnel Vins Alsace, Agence Eau Rhin Meuse, Région Grand Est, Inter-Reg Agroform, France Agrimer, Vivéa fonds de formation pour adultes, Viticulteurs engagés dans les projets