Marigny – Le jardin prive, operateur discret de la transition écologique. Une étude avec des habitants-chercheurs

2013 – 2021

Partenaires du projet

  • Association Marigny-Biodiversité ; Eric Bouhet
  • Laboratoire PACTE, Université Grenoble Alpes : Flore Causse Kaposztas flore.causse-kaposztas@umrpacte.fr, Olivier Soubeyran
  • Centre d’Etudes Biologiques de Chizé, Sylvie Houte
  • Laboratoire Dynamiques Rurales, ENSFEA, Olivier Bories
  • Atelier des Jours à Venir, Claire Ribrault, claire@joursavenir.org

Présentation du partenariat

Le programme Nouveaux Commanditaires – Sciences, soutenu par la Fondation de France et mis en œuvre par l’Atelier des Jours à Venir, propose à des collectifs citoyens de « commanditer » une recherche. Depuis 2013, à Marigny, village rural des Deux-Sèvres, un collectif d’habitants (les « commanditaires ») porte un questionnement sur les moteurs de la transition socio-écologique. Ils proposent d’étudier plus spécifiquement le rapport à la nature des habitants en s’intéressant aux pratiques du jardin, et sur comment ce rapport est influencé par la perception des enjeux environnementaux à l’échelle individuelle et de la communauté. L’Atelier des Jours à Venir a alors sollicité des chercheurs, de l’ENSFA (Toulouse) puis de l’université de Grenoble pour développer une recherche sur ce sujet. Depuis 2015, les commanditaires collaborent avec les chercheurs, d’abord à travers une recherche préliminaire, puis dans le cadre d’un projet de thèse.

Présentation du projet

Suite à son implication dans le programme « Mon Village Espace de Biodiversité » coordonné par Sylvie Houte, Centre d’Etudes Biologiques de Chizé, en 2012, un collectif d’habitants de Marigny (Deux-Sèvres) a créé l’association Marigny-Biodiversité. Cette association a pour objet d’améliorer la connaissance du patrimoine naturel communal de Marigny en lien avec les habitants, faire connaître et reconnaître la biodiversité communale à travers des actions d’information et de sensibilisation, et mettre en œuvre des actions concertées afin de pérenniser et même favoriser la biodiversité sur la commune. Dans une démarche réflexive, l’association s’interroge aujourd’hui « Dans quelle mesure les actions de sensibilisation de notre association constituent-elles un levier pour transformer notre rapport à la nature ? Que connaît-on au juste de notre propre rapport à la nature ? Qu’est-ce qui sous-tend nos pratiques ? ». Dans une perspective de transition non seulement écologique mais socio-écologique, l’association porte ainsi un questionnement sur les freins et leviers aux changements de notre rapport à la nature et de nos pratiques. Ils ont choisi de situer leur questionnement dans l’espace du jardin privé, premier espace d’expérience de la nature.

Dans le cadre du programme Nouveaux Commanditaires – Sciences, l’Atelier des Jours à Venir a accompagné ce collectif d’habitants à porter ce questionnement auprès de chercheurs académiques. Entre 2015 et 2017, une collaboration a été menée avec Olivier Bories (laboratoire Dynamiques rurales, ENSFA) et Flore Causse Kapostas (master, université Toulouse Jean Jaurès). Cette recherche préliminaire, basée sur une enquête par questionnaire et une cartographie des jardins de la commune, a abouti à la reformulation du projet de recherche : le jardin, plutôt que de simplement refléter le rapport à la nature de ses habitants, est-il aussi un lieu où se fabrique ce rapport à la nature ? Quelle est la dimension sociale de ce rapport à la nature ? Dans la continuité de ce travail, Flore Causse-Kaposztas porte aujourd’hui un projet de thèse à l’université Grenoble Alpes, sous la direction d’Olivier Soubeyran (laboratoire PACTES). La collaboration entre chercheurs et commanditaires amène notamment à la conception et la production de formes de connaissance « hybrides » comme un compromis sémantique, permettant à l’ensemble des acteurs de se positionner dans un champ de connaissances académiques et expérientielles.

Les apports du projet à la thématique environnementale

Nous insistons d’abord sur la temporalité du projet et de la production de connaissances. Ce projet a la chance de bénéficier d’un soutien de la Fondation de France sur une durée ouverte, qui reconnaît la durée longue et ouverte de toute démarche de recherche, en particulier lorsqu’elle est participative.

Cette recherche est régulièrement partagée avec les habitants de la commune, à l’occasion d’événements ou de communications dans la presse locale.

De plus, l’objectif de ce projet n’est pas uniquement la production de connaissances, mais aussi l’appropriation, par les commanditaires, des méthodologies de production des connaissances. Le collectif a récemment publié un article dans la revue Projets de Paysage faisant état des différents apprentissages de chacun des acteurs dans ce projet. En particulier, nous y décrivons les changements de posture qui se sont opérés chez les commanditaires, qui d’habitants sont devenus des « habitants-chercheurs ». Sans se substituer aux chercheurs, ils sont à leurs côtés, contribuant à l’ensemble de la réflexion, orientant et nourrissant le questionnement de leur connaissance expérientielle du territoire. Ils ont ainsi développé une compréhension des méthodes de recherche (cartographie, bibliographie, enquête), qui constitue pleinement une « compétence », une « connaissance pour l’action », pour les actions qu’ils mèneront au sein de l’association. Ces apprentissages, ces changements de posture sont lents. Ils se sont ici opérés sur 4 ans. S’ils ne se sont pas encore traduits en action dans le cadre de l’association, ils sont prometteurs, étant donné les changements de regards, mais aussi des changements professionnels qui se sont opérés.

Dans le cadre de la recherche préliminaire, une cartographie des jardins de la commune a été produite et analysée. Une enquête préliminaire a été menée, et a soulevé la dimension collective, sociale, territoriale des représentations de la nature et des pratiques dans les jardins. Un compromis sémantique est en cours d’élaboration. Cette recherche préliminaire, loin de produire une connaissance finalisée, a abouti à la construction d’un projet de thèse solide et conséquent.

Les apports du projet pour les partenaires du projet

Pour l’association Marigny-Biodiversité : une compréhension des méthodes de recherche, une découverte des pratiques de recherche et de la communauté académique, une participation à la production de recherche, y compris à la rédaction d’un article, des connaissances pratiques en géographie, une réflexion conceptuelle en sociologie, une réflexivité sur les actions de l’association…

Pour les chercheurs : une mise à l’épreuve des connaissances académiques, un ancrage des concepts dans la réalité du territoire, des innovations méthodologiques (cartographie participative, enquête à répondants multiples, compromis sémantique…), un nouveau regard sur leurs pratiques de recherche, des perspectives profesionnelles (thèse), des publications, …

Pour l’ensemble des acteurs : un plaisir à travailler ensemble, un questionnement plus structuré mais aussi plus complexe, moins naif, que ce soit du côté académique ou citoyen.